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Un chef d'entreprise se doit d'être particulièrement vigilant concernant les motifs de licenciement qu'il invoque dans le cadre du licenciement pour faute simple, grave, lourde ou sans faute, d'un ou plusieurs de ses salariés.
En effet, selon la raison mise en avant, le licenciement en lui-même peut être requalifié, voire annulé, si elle ne correspond pas, aux yeux du juge, à un motif valable. Le licenciement pour faute grave notamment, s'il n'est pas clairement motivé, peut avoir des conséquences bien plus lourdes pour l'employeur, car elles le sont pour le salarié !
Il est donc important de se faire accompagner par un avocat compétent en droit du travail dans le domaine spécifique du licenciement, afin de ne pas perdre énormément d'argent en cas de requalification — et dans notre pratique au cabinet, à Paris et en Île-de-France, ce sont souvent des dossiers qu'on reçoit trop tard, une fois la lettre déjà envoyée.
Dans cet article, nous allons néanmoins vous expliquer en quelques mots les éléments de base concernant les types de licenciement possibles et les justifications qui permettent de licencier un salarié sans que ce licenciement ne soit requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Il existe principalement deux types de licenciements, le premier est le licenciement pour motif personnel, le second est le licenciement économique, les critères permettant de motiver ce dernier ayant été assouplis par la loi Travail votée en 2016.
Comme tous les licenciements en France, ce dernier devra être fondé sur une cause réelle et sérieuse et être lié au salarié lui-même.
Il peut y avoir une faute commise, ou pas, dans le cadre d'un licenciement pour motif personnel.
Le licenciement pour motif personnel peut reposer sur différentes fautes du salarié. Selon leur gravité, elles n'ont pas les mêmes conséquences : faute simple, faute grave ou faute lourde. Vous devez connaître ces trois niveaux. Pourquoi ? Parce que la procédure doit être strictement respectée, sinon le licenciement peut être annulé ou requalifié.
Premier niveau de gravité : la faute simple. Ce sont des manquements sérieux, mais qui ne justifient pas une rupture immédiate du contrat.
Exemples concrets :
Ces fautes sont inacceptables, mais l'entreprise peut continuer à fonctionner pendant le préavis.
Pour une faute simple, l'employeur doit licencier avec préavis et indemnités. Mais attention : il doit respecter toute la procédure disciplinaire, notamment les avertissements préalables pour signaler les manquements.
Deuxième niveau : la faute grave. Ici, les manquements sont tellement importants que le maintien du salarié dans l'entreprise, même temporairement, devient impossible. Le salarié a violé des règles essentielles de son contrat ou du règlement intérieur.
Exemples reconnus par la jurisprudence :
Sources des exemples : village-justice.com, licenciementpourfautegrave.fr
Le licenciement pour faute grave entraîne des conséquences significatives pour le salarié, tant sur le plan financier que professionnel. En effet, le caractère grave de la faute justifie une rupture immédiate du contrat, privant le salarié de plusieurs droits normalement acquis dans le cadre d'un licenciement classique.
Tout d'abord, les motifs de licenciement pour faute grave excluent le salarié du bénéfice des indemnités de licenciement. Contrairement à un licenciement pour faute simple ou pour motifs économiques, où le salarié perçoit des indemnités calculées en fonction de son ancienneté et de son salaire, la faute grave prive le salarié de cette compensation financière.
En outre, en cas de faute grave, le salarié n'a droit ni à un préavis de licenciement ni à une indemnité compensatrice de préavis. Cette absence de préavis entraîne un départ immédiat du salarié, dès l'annonce de la décision de licenciement. Cette conséquence directe est particulièrement importante, car elle place le salarié dans une situation de rupture immédiate, sans délai pour préparer sa transition vers un nouvel emploi.
Enfin, le salarié licencié pour faute grave peut tout de même bénéficier de l'allocation de retour à l'emploi (ARE), sous réserve de répondre aux critères d'éligibilité de Pôle Emploi. Le licenciement pour faute grave n'impacte pas le droit aux allocations chômage. Cette allocation peut offrir un soutien financier temporaire pour aider le salarié à se réorienter professionnellement après son licenciement pour motif de faute grave.
La faute lourde représente le niveau de gravité maximal dans le cadre d'un licenciement disciplinaire. Elle se distingue par l'intention malveillante du salarié à l'égard de l'employeur ou de l'entreprise. Par exemple, des actions telles que le sabotage volontaire de l'activité de l'entreprise, le vol de biens appartenant à l'entreprise ou encore la diffusion délibérée de données confidentielles constituent des fautes lourdes.
En cas de faute lourde, le salarié est immédiatement exclu de l'entreprise et ne perçoit aucune indemnité, ni préavis. De plus, la faute lourde peut entraîner des poursuites pénales dans certains cas, lorsque le comportement du salarié a causé un préjudice sérieux et intentionnel à l'entreprise.
Pour tout licenciement fondé sur une faute, quelle qu'elle soit, il est impératif de suivre une procédure légale stricte. Cette rigueur est essentielle pour garantir le respect des droits du salarié et pour éviter d'éventuelles contestations devant le conseil de prud'hommes. La procédure de licenciement pour faute comprend plusieurs étapes clés, qui doivent être appliquées de manière rigoureuse pour assurer la validité de la décision de licenciement.
1. Avertissement(s) formel(s) préalable(s)
Avant d'entamer une procédure de licenciement pour motifs de faute grave ou lourde, l'employeur doit s'assurer que le salarié a été informé de ses manquements par un ou plusieurs avertissements formels. Ces avertissements, qui doivent être transmis par courrier recommandé avec accusé de réception ou remis en main propre contre signature, servent à prévenir le salarié de ses écarts de conduite. Ils permettent également à l'employeur de montrer qu'il a tenté de résoudre la situation de manière proportionnée avant d'envisager le licenciement.
2. Convocation à un entretien préalable
La première étape officielle de la procédure de licenciement consiste à convoquer le salarié à un entretien préalable, au moins cinq jours ouvrables après la remise de la convocation. Cette convocation doit préciser la date, l'heure et le lieu de l'entretien, ainsi que la possibilité pour le salarié de se faire assister par une personne de son choix (délégué du personnel, autre salarié, ou personne extérieure si l'entreprise ne dispose pas de représentants du personnel). L'objectif de cet entretien est de permettre au salarié de s'expliquer sur les faits qui lui sont reprochés.
3. Entretien préalable ayant pour but d'expliquer les motifs de licenciement envisagés
Lors de l'entretien, l'employeur expose les motifs de la procédure disciplinaire en détaillant les faits reprochés. Le salarié doit être invité à donner sa version des faits et à présenter sa défense. Cet échange doit rester neutre et bienveillant ; toute pression ou forme de jugement pourrait affaiblir la procédure. Si l'entretien permet au salarié de justifier ou de corriger son comportement, l'employeur peut décider de renoncer au licenciement. En revanche, si les explications fournies ne sont pas satisfaisantes, la procédure peut se poursuivre.
4. Décision de licenciement
Après l'entretien, l'employeur prend le temps de réfléchir à la décision. Si le licenciement est confirmé, une notification écrite doit être adressée au salarié. Cette notification, par lettre recommandée avec accusé de réception, doit mentionner clairement les motifs de licenciement pour faute grave ou lourde, en détaillant les faits reprochés et en expliquant pourquoi ces faits justifient la rupture du contrat. Cette lettre doit être envoyée dans un délai de deux jours ouvrables après l'entretien, sauf circonstances exceptionnelles.
5. Exclusion des droits associés à la rupture conventionnelle
Pour un licenciement pour faute grave ou lourde, le salarié perd ses droits au préavis et aux indemnités de licenciement. Il est donc immédiatement suspendu de ses fonctions à la réception de la lettre de licenciement, et ne percevra pas d'indemnité de rupture conventionnelle. Toutefois, le salarié conserve son droit aux allocations chômage, sous réserve de remplir les conditions d'éligibilité de Pôle emploi.
6. Archivage et preuve de la procédure
Pour se prémunir d'éventuels recours prud'homaux, l'employeur doit archiver l'ensemble des documents relatifs à la procédure (courriers, justificatifs des avertissements, procès-verbal de l'entretien, copies des preuves justifiant la faute, etc.). Ces documents seront essentiels en cas de contestation sur les motifs du licenciement, car ils permettront de démontrer la bonne exécution de la procédure et le caractère sérieux et légitime du licenciement.
Ce licenciement non disciplinaire se distingue à plusieurs niveaux et peut concerner par exemple le licenciement pour insuffisance de résultats ou pour mésentente avérée et non solutionnée entre le salarié et l'employeur.
Le licenciement pour maladie, ou encore le licenciement pour accident du travail ou incompétence sont également des motifs hors faute, de rupture de contrat de travail.
Dans le cadre d'un licenciement dont la faute n'est pas le motif, il sera particulièrement important d'être en mesure de motiver les raisons du licenciement avec tous les éléments de preuve disponibles, qu'il soit possible de présenter au juge, en cas de procédure prud'homale initiée par le salarié licencié.
Comme le précédent, il doit être fondé sur des causes réelles et sérieuses, mais ces dernières sont extérieures à la personne du salarié ou du groupe de salariés visé.
Ainsi le licenciement pour motif économique pourra être invoqué dans des entreprises qui pourraient par exemple faire face à de grosses difficultés économiques, avoir un besoin vital de s'adapter aux évolutions technologiques de leur marché, ou encore devoir passer en cessation d'activité totale et définitive pour d'autres causes que les décisions de l'entrepreneur lui-même.
À ce sujet, la loi travail votée en juin 2016 visait à assouplir les conditions permettant de recourir au licenciement économique, qu'il s'agisse de conditions attribuées à des petites et moyennes entreprises, comme aux grandes structures.
Ainsi, à partir de 300 salariés il est nécessaire d'obtenir une baisse de chiffre d'affaires ou des commandes durant une durée de 4 trimestres consécutifs, tandis que pour une petite entreprise la baisse du chiffre d'affaires permettant d'activer le licenciement économique peut ne durer que 3 trimestres.
Cette différence, dans le traitement appliqué selon la taille des entreprises en nombre de salariés, s'explique dans le sens où une petite entreprise n'a pas la même capacité de résistance financière face à une crise, que ne peut générer une grande structure. Néanmoins il est envisageable de considérer que ces dispositions créent une rupture d'égalité dans le traitement des salariés entre petites et grandes entreprises.
À savoir que dans le cadre de la modification d'un contrat de travail à l'initiative de l'employeur et à laquelle le salarié ne donne pas son accord, le licenciement qui fera potentiellement suite sera considéré également comme un licenciement économique.
C'est un point que beaucoup d'employeurs ignorent encore, et qui pourtant change radicalement le calcul du risque. Depuis les ordonnances Macron de 2017, les dommages et intérêts accordés en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse sont encadrés par un barème légal plafonné selon l'ancienneté du salarié et la taille de l'entreprise. Concrètement : 0,5 mois de salaire brut minimum pour moins d'un an d'ancienneté dans une entreprise de 11 salariés ou plus, et jusqu'à 20 mois pour 30 ans ou plus d'ancienneté. En dessous de 11 salariés, les plafonds sont plus bas.
Mais — et c'est là que beaucoup se trompent — ce barème ne couvre pas tout. À ces dommages et intérêts s'ajoutent encore l'indemnité légale de licenciement, l'indemnité compensatrice de préavis, et dans certains cas une condamnation supplémentaire pour procédure irrégulière pouvant aller jusqu'à 1 mois de salaire brut. Un licenciement abusif peut donc coûter, au total, plusieurs dizaines de milliers d'euros — et c'est, paradoxalement, souvent sur les dossiers qui semblaient simples au départ que les condamnations les plus lourdes tombent.
C'est pourquoi on insiste toujours avec nos clients employeurs, à Paris 12e comme en Île-de-France, sur l'importance de sécuriser la procédure en amont plutôt que de tenter de rattraper les erreurs une fois la contestation prud'homale lancée.
Domaine de la Santé
Arrêt cour d'Appel d'Aix en Provence en 2020, puis Cour de Cassation en 2022 :
Dans un EHPAD, une infirmière coordinatrice est licenciée pour motif de faute grave après le décès d'une résidente. Son employeur lui reproche des négligences importantes dans le suivi médical des patients. Contestant le licenciement devant les tribunaux, l'infirmière invoque le secret médical, affirmant que l'employeur ne pouvait utiliser ces informations confidentielles contre elle. La Cour de cassation rejette cet argument, validant définitivement la faute grave en 2022. Elle considère que l'intérêt des patients prime et que ces manquements compromettent la sécurité des résidents. L'infirmière perd ainsi son emploi sans indemnités de préavis ni licenciement, le licenciement pour faute grave étant jugé pleinement justifié.
Pour aller plus loin sur ce type de cas : faute grave dans le secteur de la santé — exemples jurisprudentiels.
Secteur de la restauration
Cour d'Appel d'Aix en Provence, Novembre 2021 :
Une serveuse dans un bar-PMU est licenciée pour motif de faute grave, accusée par son employeur d'avoir détourné environ 4 000 euros de la caisse. La salariée conteste le licenciement devant les prud'hommes, niant fermement les accusations. Elle obtient finalement une relaxe pénale, faute de preuves. La Cour d'appel d'Aix-en-Provence décide alors que le licenciement est sans cause réelle et sérieuse, faute d'avoir établi le vol reproché. L'employeur est condamné à lui verser environ 15 000 euros d'indemnités, notamment pour préavis et licenciement abusif. Cet exemple démontre l'importance cruciale de preuves solides avant de licencier pour faute grave. Notez ici que le point crucial n'est pas de savoir si justice a été faite ou non, mais que quel que soit le motif de licenciement, si l'employeur n'a pas réuni les preuves suffisantes, il sera perdant.
Secteur du commerce (grande distribution)
Cas n°1 : Caissière accusée de vol
Une caissière de grande surface, employée depuis vingt ans sans antécédents disciplinaires, est licenciée pour faute grave après avoir été surprise à détourner environ 200 euros de la caisse. Malgré son ancienneté exemplaire et le caractère isolé de son acte, les juges valident son licenciement, considérant que le vol constitue une rupture immédiate et définitive de confiance envers l'employeur. La salariée perd ainsi tout droit aux indemnités de licenciement et de préavis. Ce cas montre que même une faute unique, impliquant un détournement de fonds, peut suffire à justifier la faute grave, quelles que soient les circonstances atténuantes.
Cas n°2 : Manager licenciée pour harcèlement moral
Une responsable des caisses d'un hypermarché est licenciée pour faute grave après avoir harcelé une collègue employée en parapharmacie, sur fond de rivalité amoureuse. La salariée, forte d'une vingtaine d'années d'ancienneté, conteste la décision devant les tribunaux, estimant ces conflits personnels sans rapport avec ses fonctions. La Cour de cassation confirme cependant la faute grave en 2023, estimant ses agissements incompatibles avec son statut de manager. Son licenciement disciplinaire est ainsi validé, sans indemnités. Ce cas rappelle que les comportements de harcèlement moral peuvent constituer un motif de faute grave, surtout lorsqu'ils impliquent un abus de pouvoir hiérarchique.
Peut-on licencier un salarié en arrêt maladie ? En principe, non — la maladie non professionnelle ne constitue pas un motif de licenciement. Des exceptions existent toutefois : si la faute grave a été commise avant l'arrêt, ou si le poste ne peut objectivement pas être maintenu pour une raison totalement étrangère à l'état de santé du salarié (suppression du poste dans le cadre d'une réorganisation économique, par exemple).
L'employeur peut-il invoquer plusieurs motifs à la fois ? Oui, à condition que chaque motif soit réel, sérieux et documenté. La lettre de licenciement doit tous les mentionner — le juge ne pourra statuer que sur ceux qui y figurent expressément, ce qui laisse peu de place à l'improvisation après coup.
Que faire si on reçoit une convocation à un entretien préalable ? C'est la question qu'on entend le plus souvent au cabinet, et la réponse est toujours la même : consulter un avocat avant l'entretien, pas après. La phase préalable est souvent celle où il reste encore des marges de manœuvre — une fois la lettre de licenciement envoyée, les options se réduisent considérablement.
Les motifs justifiant un licenciement d'un ou plusieurs salariés, expliqués dans cet article, ne sont bien évidemment que des exemples et ne sont pas exhaustifs.
Nous engageons le lecteur à nous contacter afin d'analyser ensemble sa situation ainsi que celle de l'entreprise, afin de savoir dans quel cadre et pour quels motifs de licenciement il est possible de licencier dans des conditions de sécurité suffisantes pour permettre d'éviter une attaque aux prud'hommes par les employés visés.
Le Cabinet Boyer Haouzi, avocat en droit du travail à Paris 12e, intervient pour les employeurs comme pour les salariés, sur Paris et toute l'Île-de-France, voire en province selon les besoins. Votre premier entretien vous est proposé à tarif spécifique.